Qui a fait bâtir la chapelle et quand ?
La chapelle Saint-Pierre des Damps fut inauguré en 1856 grâce aux deniers réunis par les
fidèles catholiques de la commune et ce après plusieurs années de souscription. La dernière famille noble ayant résidé aux Damps, les De Lux, joua un rôle moteur en apportant une somme importante
qui a financé la fonte de la cloche, en 1854, qui en porte la mémoire. Les De Lux habitaient la ferme de la Côte. Les sommes réunies ont permis la construction de la modeste chapelle que l’on
voit aujourd’hui.
Après 1856, le curé de Pont-de-l’Arche et son vicaire venaient régulièrement célébrer la
messe dans la chapelle, moyennant une contribution de la commune. Des grillages furent apposés en 1888 pour protéger les vitraux côté nord. La chapelle est devenue une propriété de la commune des
Damps en 1905 dans le cadre de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. C’est donc la commune qui assure depuis toutes les réparations et notamment celles causées en août 1944 lors de la
débâcle allemande et, plus récemment, l’entretien de la croix du cimetière et de la cloche.
Quel est son intérêt patrimonial ?
La chapelle Saint-Pierre ne comprend qu’un seul vaisseau couvert d’un toit à longs pans en
ardoises et surmonté d’un clocheton carré en forme de flèche. Les murs latéraux sont percés d’ouvertures en plein cintre (3 au nord, côté Eure, et deux au sud). De petits moellons calcaires ont
été utilisés en remplissage et des briquettes rouges en chaînage. Un presbytère en fut adjoint à la chapelle dès l’origine puis fut agrandi côté sud avec de la briquette
rouge.
Une croix en calcaire taillé et sculpté au XVIe siècle est situé dans la cour. Il est un des rares vestiges des pierres de l’ancien cimetière.
Une église et une paroisse médiévales disparues…
Le plus ancien document qui atteste l’existence d’une église aux Damps date de 1020. Bien
évidemment cette église existait déjà auparavant. Ce premier document nous apprend que l’église des Damps était déjà placée sous le patronage de Saint-Pierre et qu’elle constituait une paroisse à
part entière. Les revenus et l’entretien de celle-ci avaient été remis à l’abbaye de Jumièges par le duc de Normandie. Quelle était l’architecture de cette église disparue ? Selon toute
vraisemblance, c’était une église romane. Quant à ses dimensions, il semble qu’elles n’aient pas dépassé de beaucoup celles de la chapelle actuelle.
La paroisse des Damps, qui existait au moins depuis 1020, a toujours souffert de la
proximité de Pont-de-l’Arche, ville née bien après le village des Damps. Elle fut englobée dans la paroisse de Pont-de-l’Arche quelques années avant la Révolution française. C’est ainsi qu’en
1789, les habitants des Damps et de Pont-de-l’Arche ont présenté leurs remontrances au roi dans les mêmes cahiers de doléances. L’ancienne église Saint-Pierre fut démolie à la toute fin du
XVIIIe siècle par décision de la paroisse de Pont-de-l’Arche…
Litiges avec Pont-de-l’Arche sur le cimetière…
La paroisse des Damps mourut quelques temps avant la Révolution française. L’église, comme
le reste des Damps, devint donc une propriété de la paroisse de Pont-de-l’Arche. Cependant la Révolution française créa la commune des Damps en 1790 et celle-ci était, bien évidemment,
indépendante de Pont-de-l’Arche. La même année, tous les biens du Vatican devinrent des propriétés de l’Etat. L’église des Damps fut donc gérée par la commune des Damps pour le compte de l’Etat.
Mais, en 1801, Napoléon signa le concordat avec le Vatican et l’église des Damps redevint une propriété de la paroisse de Pont-de-l’Arche… Cette paroisse vendit les pierres de l’église
Saint-Pierre à la toute fin du XVIIIe siècle afin de financier son nouveau presbytère…Les habitants des
Damps y étaient tout à fait opposés, d’autant plus que, désormais, il n’y avait plus de culte possible et donc plus de cérémonie funèbre... Car la paroisse de Pont-de-l’Arche avait aussi des vues
sur le cimetière, qu’elle considérait comme sa propriété. Elle ne voulait plus qu’on enterre les morts des Damps (et ce pour pouvoir revendre les pierres des tombes et des murets)… Après un
imbroglio administratif, le préfet de l’Eure trancha en la faveur des Dampsois. La commune des Damps retrouva tous ses droits sur le terrain de l’ancienne église en 1848. La construction d’un
nouveau lieu de culte était de nouveau possible. Une souscription des Dampsois permit de bâtir une chapelle en 1856 entourée de son cimetière, de nouveau utilisé et ce jusqu’en
1925.
Pourquoi « Saint-Pierre » ?
Saint Pierre était le patron des pêcheurs et des agriculteurs. Plus précisément, il était
le patron de l’orge car cette céréale monte en épi durant la dernière semaine du mois de juin (entre la Saint-Jean et la Saint-Pierre.). Cette hypothèse correspond plutôt bien à notre village
dont la majorité des habitants vivaient de la pêche et de l’agriculture. Qui plus est, l’ancienne église était située entre les eaux et les terres agricoles, en contrebas du plus ancien site
d’habitation des Damps, c'est-à-dire Les Vauges. Or, bien souvent, le culte chrétien rendu à saint Pierre a remplacé un lieu de culte païen offert à un dieu de la fertilité.
La « confrérie Saint-Pierre »…
Des groupes de chrétiens laïcs se constituèrent durant les épidémies de peste afin d’aider
les familles à enterrer les nombreuses victimes. Elles apportaient à la fois une aide physique et morale. Ces groupes portent le nom de « confréries de charité » c’est-à-dire
étymologiquement un « groupe de frères qui apportent leur charité ».
La paroisse des Damps a elle aussi eut sa confrérie qui exista jusqu’aux alentours de la
Révolution. Celle-ci, pour financer un peu ses activités, percevait une partie des taxes payées par les passagers du bac qui relait Les Damps à Alizay en passant par le confluent de l’Eure et de
la Seine.
Sources :
- L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche, éditions Charles-Corlet, 2007,
Armand Launay.
- Fonds Mérimée du ministère de l’agriculture.
- Fonds patrimoiniaux du Conseil général de l’Eure.
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