Le château de Rouville existait-il
du temps des incursions normandes ?
Certains auteurs ont pu dire que le château de Rouville fut bâti au Xe siècle par Rollon, en personne, ce qui donnerait une explication à son nom : Rollonis villa (le domaine de Rollon). Mais quelle est la valeur de cette explication ?
Peut-être que l’on peut relier la présence d’une place forte, ici même, au pont fortifié de Pont-de-l’Arche. En effet, afin d’empêcher les Normands de remonter à Paris, le roi des Francs, Charles le Chauve, avait fait construire un pont fortifié sur le territoire des Damps, à partir de 862. Ce pont devint le "pont de l’Arche" mais un pont tout seul, même fortifié, n’eût été d’aucune utilité s’il n’y avait pas eu de places fortes pour le défendre. C’est pourquoi il y avait un château à l’emplacement de la ville de Pont-de-l’Arche (à l’entrée du pont, sur la rive gauche) et un autre édifice, en bois, sur la rive droite pour protéger l’autre entrée du pont (au niveau de station service située à la sortie du pont ,en direction de Rouen).
Or, l’idée de ces ouvrages défensifs était d’obliger les Normands à descendre de leurs navires, qui les rendaient invulnérables ou presque. Il fallait les retarder et les attaquer sur terre ferme. Les Normands, habitués à mettre le pied à terre et à haler leurs embarcations, tiraient leur navires sur des rondins de bois. Cette pratique pouvait leur permettre de contourner le pont de l’Arche, rendant ainsi inefficace cette fortification fluviale. Alors, l’idée développée par le roi des Francs a peut-être été de placer une garnison sur la rive droite de
la Seine , rive la plus facile d’accès pour tirer les bateaux normands, mais en dehors du château où les troupes pouvaient être enfermées par un siège des Scandinaves.
A en voir les cartes aujourd’hui, les fossés du château de Rouville étaient remplis d’eau. De plus, une légère dépression de terrain montre l’avancée d’un ancien bras de Seine (entre Le Manoir et m-real) qui se prolonge jusqu’aux fossés sud de Rouville. Selon toute vraisemblance, le château de Rouville gardait le fond d’un bras de Seine dont les eaux alimentaient, il y a longtemps, les fossés. Alors, le château de Rouville aurait-il été bâti ici pour protéger un bras de Seine qui s’avançait dans les terres au point de réduire le halage des navires risquant de contourner le pont fortifié de Pont-de-l’Arche ? Dans l’hypothèse où ce bras de Seine n’était en eau que dans les périodes de crue, il perçait donc, quoi qu’il en soit, une brèche naturelles dans les défenses franques et nécessitait de nouveaux aménagements.
Qui plus est, quelle que doit l’utilité principale d’un tel ouvrage à cet endroit, le château permettait à une garnison de contrer les Normands halant leurs bateaux dans le fond de la vallée et offrait aussi la possibilité de prendre à revers les assaillants du château de la rive droite. Enfin, un château situé entre le pont fortifié et Pîtres défendait par là-même le palais de Charles le Chauve, bâti près de l’actuelle église de Pîtres.
L’ancienne route de Pont-de-l’Arche au Manoir, selon cette thèse, trouverait elle aussi une explication : elle reliait le château de la rive droite à Rouville et contournait un bras de Seine qui isolait Le Manoir des terres situées en face de Pont-de-l’Arche.
Par conséquent, bien qu’aucun document ne vienne prouver notre thèse, la localisation du château de Rouville, ainsi que son nom, nous font penser que seules les défenses bâties au IXe siècle donnent un sens à la construction d’un château, en bois et avec fossés, à l’emplacement de l’actuel château de Rouville. Nous concluons donc qu’il y a de fortes possibilités que le IXe siècle ait connu le premier château de Rouville de l’histoire.
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