Aperçu historique sur Tostes
On a pu dire que le nom de la commune vient du scandinave topt, qui signifie village. Cette hypothèse est séduisante car le plateau du Neubourg, entre Amfreville-les-Champs et Louviers est largement ponctué de toponymes d’origine scandinave (Surtauville, Limbeuf, Daufeuf, Ecquetot, Blacquetuit…).
Une autre hypothèse peut être avancée qui nous semble plus plausible : Tostes viendrait de tostus qui, en latin, désigne ce qui est brûlé. Or, pour un village bâti à proximité de la forêt de Bord – pour ne pas dire en son sein – ne peut-on pas avancer que les tostes anciennes seraient nos brûlis actuels ? Que sont les brûlis ? Des terres forestières ou herbagères brûlées afin de les rendre plus propres encore à l’agriculture. Il reste une trace de cette pratique sur le territoire communal de Criquebeuf-sur-Seine ; trace constituée par le nom d’une parcelle de forêt appelée les brûlins .
Le nom de Tostes existait avant que le village ne soit constitué en paroisse (en 1687). Dès 1225, le pape Alexandre IV avait autorisé les moines de Bonport à construire, pour leur usage, un autel dans leur grange de Tostes. On doit très certainement voir ici la naissance de l’ancêtre de l’actuelle église, suivant évidemment la présence de fermes devenues propriétés de Bonport à moins qu’elles n’aient été bâties pour cette jeune abbaye (fondée en 1190). Auparavant, ce nom devait désigner une terre proche de l’actuel centre village. Nous pouvons même penser que ce nom marque un défrichement guère plus ancien que 1225 de cette partie de l’éperon nord est du plateau du Neubourg. Les autres lieux-dits que sont La Vallée, la Cramponnière, les Treize Livres, faisaient eux aussi partie de la paroisse de Montaure ; paroisse toute dédiée à l’agriculture et à l’exploitation des bois.
La paroisse de Tostes, dédiée à Sainte-Anne, fut érigée le 14 janvier 1687 à la demande de Louis Colbert, abbé de Bonport et surtout fils du célèbre homme d’État.
En effet, par le truchement de dons, de nombreuses terres agricoles ou boisées de Montaure se retrouvèrent dans le fief de l’abbaye de Bonport. Ainsi, les fermes de Blacquetuit, Treize Livres, La Corbillère (le hameau de La Vallée porta d’ailleurs son nom : La Vallée de la Corbillère) et Tostes…
Louis Colbert donc, qui avait le bras long, parvint à faire reconnaître la nouvelle paroisse de Sainte-Anne de Tostes, composées de terres prises sur Montaure (don les fermes de Blacquetuit, qui revinrent en définitive à Montaure en 1791)… Il fit ériger la paroisse de Tostes et la rattacha au domaine de son abbaye, ce qui lui fit gagner près de 300 hectares de bois et 300 hectares de terre. L’intérêt de cette affaire était de récupérer, en plus, le dixième des récoltes grâce à l’impôt de l’église qu’était la dîme. Rappelons que les abbés étaient nommés par le roi depuis 1610 et ce parmi les fils de la haute noblesse. Ce système de nomination, appelé la Commende, favorisa donc les hommes plus tournés vers la rente que vers Jérusalem…
L’autre partie des terres, boisée, était elle aussi essentielle. Outre la fabrication des outils et des locaux abbatiaux, les moines pouvaient se chauffer, cuisiner et vendre le bois coupé. Ils pouvaient de même faire glaner les porcs. En revanche, leurs bois étaient évidemment à la merci des habitants les plus démunis, ou avides, de la région. C’est ce qui fit que les moines mandatèrent des hommes à la surveillance de la propriété… L’un d’eux fut affublé d’un surnom qui devint un nom de famille revenant immanquablement dans les archives " tostaises " : Mouchard, car il donnait les noms des auteurs des délits aux moines, qui transmettaient aux autorités de la Maîtrise des eaux et forêts.
La Révolution libéra Tostes des moines de Bonport car l’abbaye fut fermée en 1791. Elle posa toutefois le problème du maintien de cette commune née de l’opportunisme d’un abbé commendataire. Allait-on pérenniser la commune de Tostes ? La réponse est oui : tout d’abord, grâce au retour des fermes de Blacquetuit à la commune de Montaure (comme une sorte de dédommagement) ; puis, plus laborieusement, grâce aux efforts répétés de ses habitants.
Sources :
- Charpillon, Louis-E., Caresme, Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, p. 922 et 923.
- Deville, Étienne, Les Manuscrits de l’ancienne bibliothèque de l’abbaye de Bonport conservés à la bibliothèque nationale et à la bibliothèque de Louviers, vol. 2, Paris : H. Champion, 1910, 36 p.
- Masson, Max, Histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, t. 1, Tostes : mairie, [1985 ?], 55 f. Ce livre est disponible en mairie contre la somme de 15 €. Il est composé de deux tomes rassemblant les photocopies des travaux dactylographiés de M. Max Masson, ancien adjoint au maire. Cet homme s’appliqua à éplucher et commenter les archives disponibles en mairie. Ces tomes classent par thèmes les documents de l’histoire du village sans avoir pris le temps de consulter des ouvrages généraux. Le titre trahit ce parti pris. Cet homme est aujourd’hui décédé.
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