Texte Libre
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Devant le café J. Houssais de Criquebeuf-sur-Seine dans les années mil-neuf-cent-dix. J’y compte 21 personnes et zéro voiture… Impressionnant !

Canel A., Blason populaire de Normandie comprenant les proverbes, sobriquets et dictons relatifs à cette ancienne province et à ses habitants, tome 1, Evreux : éd. Canu, 1859, 265 p.
Criquebeuf-sur-Seine, arrondissement de Louviers.
Les brûleurs d’âne de Criquebeuf
Les habitants de Criquebeuf ont toujours eu un goût très-prononcé (sic) pour les réjouissances du carnaval et c’est avec peine qu’ils voient, chaque année, le rigide carême mettre fin à ces jours de joyeuse folie. Aussi se sont-ils bien gardés de négliger l’usage de carnavaliser quelque peu le Mercredi des Cendres, en le consacrant à l’enterrement de Mardi-Gras. Grande et bruyante cérémonie ! vous pouvez m’en croire…
Un jour, et il y a de cela plus que la longueur d’une vie d’homme – un jour, disons-nous, le mannequin traditionnel ne suffit plus à ces zélés suppôts du carnaval. Ils s’imaginèrent de lui substituer un âne, qui, pour la plus grande gloire de la divinité saturnalesque et pour le plus grand plaisir de ses adorateurs, fut bien et dûment ars et brûlé, puis méthodiquement enterré suivant les rites pratiqués en pareille occurrence. Delà le sobriquet de brûleurs d’âne.
Et notez que les titulaires de ce sobriquet ne s’en offensent pas le moins du monde ; c’est pour eux presqu’un titre de gloire. Il y a quelques années, dans le double but de prouver qu’ils ne dégénéraient pas et d’assurer la continuité de leur appellation, ils délibérèrent, dit-on, de renouveler, à la première occasion favorable, le sacrifice d’un infortuné baudet.

Armand Launay (né à Pont-de-l'Arche en 1980)